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20.12.2005
"Les stagiaires ne sont ni de gauche, ni de droite"
Après seulement 3 mois d'existence, le collectif des stagiaires en colère Génération précaire est reçu aujourd'hui au ministère de l'Education nationale et jeudi à celui du Travail. Trois questions à Cathy -c'est un pseudo- à l'origine du mouvement
Dominique de Villepin a évoqué le lancement d'une "charte des stages". Un progrès selon vous?
Cela n'a aucun intérêt, il faut plutôt que le statut de stagiaire soit inscrit dans le Code du travail. Aujourd'hui, quand l'employeur abuse, l'étudiant n'a d'autre recours que les prud'hommes, et encore faut-il qu'il prouve qu'il s'agissait effectivement d'un travail productif, assimilable à un CDD. C'est long, sans garantie et éprouvant, d'autant plus qu'un conflit avec l'employeur peut compromettre l'obtention de son diplôme. Je sais de quoi je parle : il m'a fallu deux ans de procédures pour obtenir justice. Nous exigeons également un meilleur encadrement pédagogique et une rémunération décente, fonction de la durée du stage. Notre but est d'éviter aux post-diplômés d'en passer par des stages, ce qui est aberrant. Jean-Marie Chevalier, professeur d'économie à l'université Paris IX-Dauphine, a calculé que plus de 60 000 postes sont en fait occupés par des stagiaires en France.
Vos actions festives attirent l'attention. Mais ne risquent-elles pas de nuire au sérieux de votre message?
Regardez le collectif des Racailles de France, qui viennent de coller de fausses plaques commémoratives à Paris : ils utilisent les mêmes outils. C'est de l'humour, désespéré mais de l'humour quand même. Comme nous, ils privilégient les rencontres physiques avec les acteurs aux grands discours. A Génération précaire, on partage une ambiance bon enfant, mais on sait être adultes quand on rencontre des politiques. Nous ne sommes pas naïfs. Nous continuons par exemple de deconseiller de témoigner à visage découvert. Le dernier qui s'est montré à un JT de France 2 a été remercié le soir-même par son patron.
Vous ne craignez pas d'être récupéré par les partis et les syndicats?
S'il y a des encartés chez nous, ils ne l'ont pas encore fait savoir. Les stagiaires ne sont ni de gauche, ni de droite. Nous ne sommes pas contre le gouvernement, nous voulons simplement dialoguer avec lui pour obtenir satisfaction, en profitant des échéances électorales de 2007. Dès nos premières interventions à la radio, des syndicats nous ont contactés, c'était étrange. Mais nous préférons jouer l'équilibre, et personne ne nous a encore dit que nous étions tièdes. Si on en venait un jour à trancher entre telle ou telle tendance politique, je préférerais alors m'en aller, personnellement. Nous devons rester un mouvement apolitique. Ce qui nous rapproche, à l'origine, c'est la solitude, la panique du stagiaire, qui concerne 800 000 personnes en France.
Source: Eric Lecluyse (http://www.lexpress.fr/)
11:47 Publié dans EMPLOI | Lien permanent | Envoyer cette note